Pépites, licornes & graines d’étoiles

Échanges avec "Open Tourisme Lab" et "Cluster montagne" sur la composante spatiale dans les start-ups du tourisme.

Open Tourisme Lab

L’Open Tourisme Lab est un accélérateur consacré aux start ups dans le domaine du tourisme. Créé en 2017, il incube et accompagne une dizaine d’initiatives innovantes par an. La promotion 2018 est relativement hétérogène, mais la composante spatiale y est représentée de manière transverse, notamment via la géolocalisation. Étonnant? Pas vraiment!

Mobilité

« Un des principaux enjeux pour le tourisme concerne la mobilité et l’itinérance. De ce fait, la plupart des applications mobiles intègre la géolocalisation. Par exemple, nous travaillons actuellement sur un programme d’expérimentation autour de ces thématiques dans le Gard. » En effet, la région Occitanie est un terreau d’expérimentation à fort potentiel, notamment autour de ses 39 Grands Sites. « 5 start ups vont se pencher sur le sujet pour faire émerger des solutions novatrices en matière d’itinérance et de mobilité. La CCI Occitanie est très intéressée par les résultats, notamment autour des Sites Remarquables. »

Accès à Internet

En dehors de la géolocalisation, les données fournies par les satellites contribuent à améliorer l’expérience séjour sur d’autres aspects, comme la fourniture d’Internet en zone blanche. « Il y a un véritable défi autour de la couverture des zones blanches, indispensable pour rendre les territoires plus compétitifs. » En effet, pour que les applications fonctionnent, elles ont besoin de connexion internet. Or, par définition, le parcours touristique s’éloigne souvent des lieux couverts. « Nous avons des incubés comme ÜRBIK, qui fournit du wifi intégré au mobilier urbain en zone non couverte. Mais l’enjeu est trop important pour le faire reposer sur des solutions partielles, la couverture doit être totale. De nombreux projets reposent sur ces aspects, comme des visites de vignobles en véhicules autonomes. » Aujourd’hui, l’internet par satellite constitue un complément idéal pour assurer le débit dans toutes ces zones.

Météo locale

La donnée spatiale apporte aussi sa pierre à l’édifice pour d’autres fonctions, comme la météo à connotation très locale, ou l’imagerie au service de l’attractivité. « Combinées à d’autres données, ces informations nous fournissent des produits très intéressants. Par exemple, nous suivons des sociétés comme COGNIDIS, spécialisée en intelligence artificielle, qui est capable d’analyser les liens entre la hauteur de neige, la météo, la fréquentation des pistes, le profil des skieurs… En rendant ces analyses aux exploitants, ceux-ci sont mieux en mesure de comprendre le comportement des utilisateurs, et donc de mieux ajuster leur offre. »

L’enjeu de la donnée

Nous tombons là sur un autre grand enjeu : l’analyse de la data au service du prédictif. Il ne suffit pas de collecter du big data, il faut pouvoir l’analyser.

« La data est le pétrole de l’Europe, la capter est essentiel. Dans ce sens, nous voyons émerger des synergies qui couvrent toute la chaîne : capter les données, les combiner, les marier (via des algorithmes), les analyser (en intégrant les contraintes liées à la RGPD et à la sécurité)… »

Tout cela pousse le marché vers le numérique. « Les acteurs du tourisme changent progressivement de métier ! Mais si on veut apporter de la valeur il faut entrer dans cette dynamique. Aujourd’hui, de nombreux acteurs packagent et vous vendent des séjours clé en main. Si les professionnels (publics et privés) du tourisme veulent rester dans la course et permettre à leur destination de se différencier, ils doivent être en mesure d’ajouter de la valeur à partir de leurs propres sources, et ceci passe évidemment par la gestion de la donnée. »

Partenariats public-privé

Dans ce sens, les partenariats public-privé ont un rôle important à jouer pour faire avancer l’innovation ; car ces deux mondes ne peuvent fonctionner l’un sans l’autre. « Le public et le privé se nourrissent mutuellement. Par exemple, pour attirer les touristes, il faut une offre de transports et des infrastructures adaptées. En parallèle, les acteurs privés sont là pour accueillir convenablement les touristes et leur permettre de profiter de leurs loisirs une fois arrivés à destination. »

Propos recueillis auprès d’Open Tourisme Lab
Emmanuel Bobin – CEO
Elodie Geoffroy – Partnership & Event Officer

Cluster Montagne

Orographie très hétérogène, conditions météo particulièrement intenses, potentiel risque élevé… Les territoires de montagne représentent un terrain particulièrement attrayant pour les acteurs de l’innovation. Comment rendre ces territoires plus accessibles, plus attractifs? Comment continuer à attirer des visiteurs, tout en assurant leur sécurité? Quels mécanismes activer pour diversifier l’offre et l’étendre à plusieurs saisons? Autant de pistes à explorer pour développer le tourisme en montagne… et autant de portes ouvertes aux applications mobilisant des données et technologies satellitaires.

Le Cluster montagne a été créé en 2012 pour aider les acteurs de l’aménagement de la montagne à se développer. « Le potentiel d’innovation dans le tourisme en montagne est formidable : faciliter les parcours, l’information, la communication, garantir la sécurité, diversifier les activités, intégrer les dernières tendances. De plus, avec le réchauffement climatique, les stations de ski cherchent de nouvelles pistes de diversification. Nous sommes sans cesse obligés de nous adapter, d’innover, d’inventer, d’oser… » C’est ainsi que, dès sa création, le Cluster s’est doté d’un pôle innovation.

En montagne, l’innovation a des connotations spatiales…

Le recours à la donnée spatiale pour mettre en place ces nouveaux procédés se généralise progressivement.

Imagerie : les images satellitaires sont intégrées dans les nouvelles applications comme base graphique. Elles peuvent ensuite être habillées d’une couche 3D qui rend les lieux et ambiances très réalistes et les transforme en espaces virtuels sur lesquels on peut ensuite interagir.

L’imagerie peut également être utilisée pour « animer » les saisons et les différents paysages au fil des mois, de la météo, de la couverture neigeuse ou végétale… Ces facteurs renforcent l’attractivité des territoires.

Géolocalisation : on ne compte plus les applications liées à la géolocalisation. Cependant, on constate des diversifications liées à l’hybridation de la géolocalisation avec le big data et l’intelligence artificielle. « Par exemple, nous voyons émerger beaucoup d’outils qui vont « suivre » le touriste en temps réel et analyser ses comportements pour définir des tendances qui aideront ensuite les professionnels du tourisme à adapter leur offre. »

Météo : la météo en montagne est spécifique et intense, assujettie à des changements rapides. « Les prévisions météo classiques ne sont pas toujours assez réactives, des applications à portée très locale se développent. Par exemple, il existe des sites qui sont capables de vous indiquer quelles vont être les tendances dans les heures à venir dans un rayon de quelques kilomètres autour de votre position. » Un outil très pratique quand on a envie de faire une balade dans les alentours et profiter d’une météo clémente.

Un autre usage intéressant de la donnée météorologique est le programme Prosnow, qui vise à fournir des prévisions à moyen terme pour aider à gérer l’enneigement artificiel. « Il n’est pas utile d’enneiger s’il y a un redoux prévu par la suite. En fournissant des prévisions ciblées et adaptées, ce genre d’outil permet de mieux utiliser les ressources et de réduire le gaspillage. »

La donnée spatiale, combinée à d’autres sources, contribue fortement à faciliter l’information et à améliorer l’expérience séjour dans son ensemble. « C’est tout à fait dans l’air du temps, le touriste d’aujourd’hui est hyper-connecté et friand d’information fiable, pratique et en temps réel. De plus, nous constatons que les nouvelles associations liées au digital sont en émergence forte, et vraiment porteuses d’innovation et de nouveaux usages. Elles sont devenues des éléments d’attractivité incontournables. »

Propos recueillis auprès de Pierre-François ADAM
Responsable Innovation Cluster Montagne
pf.adam@cluster-montagne.com