Arès et Lège Cap-Ferret

La télédétection au service des prés salés

Les prés salés figurent parmi les écosystèmes les plus productifs de la planète et assurent des fonctions écologiques importantes : transfert de nutriments vers le milieu marin, nourriceries, habitats d’espèces végétales et animales...

Ces milieux rares et précieux ont également une influence sur la qualité des masses d’eau (autoépuration) et constituent des infrastructures naturelles efficaces pour lutter contre l’érosion littorale et les submersions marines. Pour les préserver et en améliorer la gestion, la télédétection constitue une piste très intéressante. Nous avons un exemple dans la réserve naturelle d’Arès et Lège Cap-Ferret ; un pré salé vaste d’environ 200 ha qui a été cartographié pour en relever les habitats naturels et aboutir à une cartographie très fine de l’écosystème, en partie grâce à l’apport de la télédétection.

Les enjeux

Les prés salés sont des écosystèmes complexes et très bénéfiques qu’il convient de préserver. Pour les gérer au mieux et dans le long terme, il est essentiel d’établir des cartographies de la végétation très précises à l’instant T, mais surtout de pouvoir les comparer avec des cartographies dressées à d’autres moments.

Le mode opératoire

Pour dresser la cartographie végétale du site, les botanistes ont dans un premier temps quadrillé le terrain en parcelles de 16m2 distantes de 50 m. entre elles. Dans chaque parcelle, ils ont relevé la présence et l’abondance de chaque espèce végétale, ce qui leur a permis de définir six classes de végétation différentes. Ainsi, ils ont géoréférencé et caractérisée par une classe environ 650 parcelles. Cependant, ces 650 parcelles ne couvraient pas l’ensemble de la réserve de manière continue.

Pour dresser une cartographie globale, les autorités du parc, en collaboration avec des chercheurs en écologie et des experts en télédétection, ont décidé de coupler les relevés terrain avec des images Pléiades prises à différents moments de l’année et couvrant l’étendue de la réserve. Dans chaque image, les pixels sont caractérisés par leur signature spectrale. En superposant ces images avec les parcelles étudiées sur le terrain, ils ont attribué une signature spectrale à chaque classe de végétation. Enfin, ils ont transposé la signature spectrale des 6 classes qui les intéressaient à l’ensemble de la réserve, dressant ainsi une cartographie globale précise à 70%.

L’apport de la télédétection

La télédétection a enrichi et complété le travail initial mené par les botanistes. Elle a permis de fournir des images très fines à différentes saisons, d’attribuer des signatures spectrales aux classes de végétation et de compléter la caractérisation de l’ensemble de la réserve.

Ce travail n’aurait été possible s’il avait été entièrement basé sur des relevés terrain, ou alors il aurait nécessité des investissements colossaux en temps et en argent. De plus, une fois que la première cartographie est dressée, d’autres pourront suivre afin de comparer de manière fiable les évolutions.

Enfin, il convient de signaler que la signature spectrale est une donnée technique qui ne laisse aucune place à l’interprétation subjective, ce qui n’est pas forcément le cas des relevés effectués par l’être humain, notamment quand on parle de plusieurs centaines d’hectares à passer au peigne fin.

Les perspectives

La cartographie issue de cette méthode présente une fiabilité d’environ 70%. Pour améliorer ce résultat, plusieurs pistes sont envisageables, dont un travail sur la méthode de caractérisation des classes de végétation, afin d’aboutir à une signature spectrale extrêmement fine et fiable.

Associé à l’étude de la végétation in situ, le couplage des données terrain avec les images issues de la télédétection semble très prometteur pour l’étude de la végétation et la compréhension du fonctionnement des écosystèmes en vue de leur protection.

Propos recueillis auprès de :
Marie-Lise Benot, Enseignante chercheuse en écologie – Université de Bordeaux
Sylvain Brun, Conservateur – RNN des prés salés d’Arès et de Lège Cap-Ferret, Association ARPEGE